Derrick de forage pétrolier en activité dans les prairies albertaines avec équipe technique visible
Publié le 15 février 2026

Stéphane m’a appelé un mardi de février. Moins 35 à Grande Prairie. Son équipement de forage était immobilisé depuis trois semaines. Problème technique? Non. Mauvais choix technologique pour le gisement du Montney. Ce genre de situation, j’en vois une dizaine par année dans l’Ouest canadien. La technologie de forage, ça ne se choisit pas sur catalogue. Ça se décide en fonction du terrain, du climat et de contraintes que les brochures commerciales passent sous silence.

L’essentiel sur les technologies de forage au Canada en 60 secondes

  • Le forage horizontal domine les opérations non conventionnelles (Montney, Duvernay, tight oil)
  • Les plateformes multi-pad réduisent l’empreinte au sol et les coûts de mobilisation
  • L’investissement dans le secteur énergétique albertain a atteint 30,9 milliards $ CA en 2024
  • Le choix technologique dépend avant tout de la formation géologique, pas du budget initial

Le paysage énergétique canadien impose ses règles au forage

L’Alberta produit 84 % du pétrole total équivalent du Canada. Ce chiffre, tiré du communiqué AER juin 2025, résume à lui seul pourquoi les technologies de forage se développent d’abord ici. Les opérateurs que j’accompagne dans la région de Calgary le savent : ce qui fonctionne au Texas ne marchera pas nécessairement dans le bassin sédimentaire de l’Ouest canadien.

30,9 milliards $ CA

investis dans le secteur énergétique albertain en 2024, un record en neuf ans

Les activités de forage ont bondi de 16 % d’une année sur l’autre pour atteindre leur plus haut niveau en 16 ans. Le forage pétrolier brut? Plus 22 %. Les sables bitumineux? Plus 16 %. Ces chiffres traduisent une réalité terrain que je constate depuis trois ans : les opérateurs investissent massivement dans l’optimisation technologique.

Trépan après plusieurs cycles de forage en formation Montney



Trois facteurs rendent le forage canadien unique. Le pergélisol dans le Nord complique les fondations des plateformes. Les hivers à moins 40 ralentissent les opérations de novembre à mars. Et les distances entre les sites et les bases logistiques allongent les délais de mobilisation. Sur les chantiers que j’ai supervisés entre Edmonton et Fort McMurray, la sous-estimation de ces contraintes génère des retards de 3 à 6 semaines sur les plannings initiaux.

Pour approfondir les spécificités régionales, consultez cette cartographie des opportunités du forage au Canada qui détaille les enjeux par province.

Quatre technologies qui dominent les chantiers canadiens

Le forage horizontal avec fracturation multi-étapes a transformé l’industrie canadienne. Selon le rapport 2025 de l’AER, la plupart des puits forés sont maintenant horizontaux. Ce n’est pas un hasard. Pour les formations serrées comme le Montney ou le Duvernay, le forage vertical ne permet tout simplement pas d’atteindre des rendements économiquement viables.

Les opérateurs à la recherche d’équipements adaptés à ces contraintes techniques peuvent consulter les solutions disponibles ici pour évaluer les options selon leur profil de gisement.

Forage directionnel et horizontal : la norme dans le non-conventionnel

Le principe est simple. Plutôt que de forer verticalement et espérer traverser une zone productive mince, on dévie le puits pour suivre la formation sur plusieurs kilomètres. Dans le Montney, les latéraux atteignent couramment 3 000 mètres. L’erreur la plus fréquente que je rencontre en Alberta? Sous-dimensionner la longueur du latéral pour économiser sur les coûts initiaux. Résultat : un taux de récupération décevant et un retour sur investissement qui ne se concrétise jamais.

Organisation spatiale d’une plateforme multi-pad dans le Nord-Est de la Colombie-Britannique



Forage multi-pad : réduire l’empreinte, multiplier les puits

J’ai accompagné Stéphane, directeur des opérations à Grande Prairie, sur un projet dans le bassin de Montney en 2023. Son dilemme : les coûts initiaux du multi-pad dépassaient de 40 % ceux d’une approche traditionnelle. Ma recommandation? Accepter ce surcoût. Le retour sur investissement s’est concrétisé en 18 mois grâce aux économies de mobilisation entre les puits. Ce que les brochures techniques ne vous disent pas : le multi-pad change complètement la logistique hivernale.

Les avantages vont au-delà des économies. L’empreinte au sol réduite facilite l’obtention des permis environnementaux. Les équipes restent sur site plus longtemps, ce qui diminue les temps non productifs (NPT). Et la gestion des fluides de forage se centralise.

Technologies de complétion : fracturation et au-delà

La fracturation hydraulique représente souvent la moitié du budget d’un puits non conventionnel. Selon les données CAPP 2024, les sables bitumineux extraits par méthodes in situ (SAGD, CSS) représentaient plus de 3,5 millions de barils par jour de la production canadienne. Pour ces gisements profonds, la technique DGMV permet de récupérer entre 55 et 60 % du bitume selon Ressources naturelles Canada.

Forage directionnel vs horizontal vs multi-pad : le comparatif terrain
Technologie Coût indicatif Performance hiver Empreinte sol Gisements adaptés
Forage vertical/dévié 1-3 M$ CA Bonne Faible Conventionnel, peu profond
Forage horizontal 4-8 M$ CA Moyenne Moyenne Tight oil, shale gas, Montney
Multi-pad drilling 5-10 M$ CA/pad Excellente Très faible Duvernay, zones sensibles
SAGD (in situ) 15-25 M$ CA/paire Variable Très faible Sables bitumineux profonds

Conseil terrain : Ne comparez jamais le coût au mètre foré sans intégrer les délais de mobilisation hivernale. Dans mon expérience, un puits « moins cher » sur le papier devient souvent le plus coûteux quand on comptabilise les semaines d’attente entre janvier et mars.

Choisir sa technologie : ce que les specs ne vous disent pas

Soyons clairs. Le choix technologique ne devrait jamais partir du budget. Il part de la géologie. Ensuite viennent les contraintes environnementales, puis la logistique, et seulement après, les considérations financières. Les opérateurs qui inversent cet ordre finissent systématiquement par dépenser plus.

Analyse des données de forage en temps réel sur site albertain



Quelle technologie pour votre gisement?

  • Si gisement conventionnel (perméabilité élevée, profondeur modérée) :
    Le forage vertical ou légèrement dévié reste pertinent. Coût maîtrisé, délais courts, équipements standards.
  • Si tight oil ou shale gas (Montney, Duvernay, Bakken) :
    Le forage horizontal multi-étapes est incontournable. Prévoyez des latéraux de 2 500 à 4 000 mètres pour maximiser le contact réservoir.
  • Si contraintes environnementales fortes ou accès limité :
    Le multi-pad s’impose. L’investissement initial plus élevé se justifie par la réduction des perturbations de surface et l’optimisation logistique.
  • Si sables bitumineux profonds (plus de 75 m) :
    Les techniques in situ (SAGD, CSS) deviennent obligatoires. Environ 80 % des réserves canadiennes sont trop profondes pour l’exploitation à ciel ouvert.

Les 3 erreurs de sélection qui coûtent des millions

  • Choisir l’horizontal par défaut sans vérifier la perméabilité de la formation. Pour certains gisements conventionnels, c’est gaspiller 3-4 millions $ CA.
  • Ignorer les délais de mobilisation hivernale dans le budget. Entre novembre et mars, comptez 3 à 6 semaines supplémentaires en Alberta et Saskatchewan.
  • Sous-dimensionner la longueur du latéral pour réduire les coûts. Le taux de récupération en souffre et le ROI ne se matérialise jamais.

Dans mon activité de conseil en forage dans l’Ouest canadien (environ 25-30 projets par an entre 2020-2025, profil : opérateurs mid-cap), la sous-estimation des délais de mobilisation hivernale génère fréquemment des retards de 3 à 6 semaines. Ce constat est limité à l’Alberta et Saskatchewan. La fréquence peut varier selon les conditions météo annuelles et l’éloignement du site.

Pour aller plus loin dans l’optimisation de vos opérations, explorez ces solutions pour optimiser vos équipements de forage.

Vos questions sur le forage énergétique au Canada

Quel est le coût moyen d’un puits horizontal au Canada?

Les coûts varient significativement selon la profondeur et la longueur du latéral. Dans le Montney, comptez entre 4 et 8 millions $ CA pour un puits horizontal standard. Les puits SAGD dans les sables bitumineux peuvent atteindre 15 à 25 millions $ CA par paire de puits.

Le forage est-il possible en hiver au Canada?

Oui, mais avec des contraintes majeures. Les températures sous -30 °C ralentissent les opérations, les équipements nécessitent des adaptations spécifiques, et les délais de mobilisation s’allongent de 3 à 6 semaines. Le multi-pad présente un avantage : les équipes restent sur site et évitent les déplacements répétés.

Quelles sont les différences réglementaires entre l’Alberta et la Colombie-Britannique?

L’Alberta Energy Regulator (AER) et la BC Oil and Gas Commission (BCOGC) ont des processus distincts. Les délais d’approbation varient selon la sensibilité environnementale de la zone. En général, les projets en Colombie-Britannique font face à des exigences plus strictes concernant les impacts sur les eaux souterraines.

La fracturation hydraulique est-elle autorisée partout au Canada?

Non. Le Québec et le Nouveau-Brunswick ont imposé des moratoires. En Alberta, Saskatchewan et Colombie-Britannique, la fracturation est autorisée sous réglementation stricte. Chaque province définit ses propres exigences de divulgation des fluides utilisés.

Combien de temps faut-il pour forer un puits dans le Montney?

Les temps de forage ont considérablement diminué grâce aux avancées technologiques. Un puits horizontal standard prend aujourd’hui entre 15 et 25 jours de forage, selon la profondeur et la longueur du latéral. La complétion (fracturation, équipement) ajoute 2 à 4 semaines supplémentaires.

Votre plan d’action avant le prochain projet

Vérifications essentielles avant de choisir votre technologie


  • Confirmer les caractéristiques géologiques de la formation (perméabilité, profondeur, épaisseur productive)

  • Intégrer les contraintes saisonnières dans le planning (fenêtre de mobilisation optimale : avril-octobre)

  • Vérifier les exigences réglementaires provinciales spécifiques à la zone du projet

  • Calculer le coût total incluant mobilisation, délais hivernaux et complétion

Si vous ne devez retenir qu’une chose : la technologie de forage la plus chère n’est pas celle qui coûte le plus au départ. C’est celle qui ne correspond pas à votre gisement.

Rédigé par Michel Tremblay, ingénieur-conseil en technologies de forage exerçant en cabinet indépendant depuis 2012. Basé à Calgary, il a accompagné plus de 150 projets d'extraction dans l'Ouest canadien, des sables bitumineux de l'Athabasca aux gisements de gaz naturel du Montney. Son expertise porte sur l'optimisation des techniques de forage directionnel et la sélection d'équipements adaptés aux conditions géologiques canadiennes. Il intervient régulièrement comme formateur auprès d'opérateurs pétroliers et gaziers.